L'europe des paiements PREND SON ENVOL
L'Europe des paiements établit son socle juridique
Interview : Charlie McCreevy
La directive sur les services
de paiement fait débat
Interview : Denis Beau
Expertise : Martine Briat
Expertise : Pervenche Berès
L'EPC balise la route vers le SEPA
"SEPA : la communauté bancaire française est prête"
Interview : Philippe Citerne
La directive sur les services de paiement fait débat
Quel accueil la directive sur les services de paiement a-t-elle suscité en France ? Petit tour d'horizon des réactions.
La carte bancaire européenne vient de franchir une nouvelle étape. En présenté un projet de directive sur les services de paiement dans le marché intérieur.Ce nouveau cadre juridique vise à fixer les grands principes qui
Denis Beau
Directeur adjoint des systèmes de paiement
et infrastructures de marché à la Banque
de France.
régiront les relations banques/clients dans l'espace SEPA. Ce texte essentiel pour la construction de l'Europe des paiements va entraîner l'évolution des systèmes de paiement nationaux vers des systèmes européens.
Pour Denis Beau (lire l'interview complète), directeur adjoint des systèmes de paiement et infrastructures de marché à la Banque de France,“le projet de directive est le bienvenu ; il vise à supprimer les barrières juridiques sur lesquelles repose la fragmentation actuelle des systèmes de paiement. Il statue sur la transparence des conditions, des droits et des obligations liées aux prestations des services de paiement.
Toutefois des dispositions devront être clarifiées, notamment les conditions d'agrément des établissements de paiement, une nouvelle catégorie de prestataires. Il serait préférable que la directive précise que leur contrôle revient aux autorités bancaires et qu'elle prévoit explicitement l'intervention des banques centrales dans leur mission de surveillance des systèmes de paiement.

Assurer l'irrévocabilité des paiements
75 M
C'est le nombre annuel
de clients des enseignes françaises dans l'UE.
Pour Denis Beau, la définition de l'irrévocabilité des paiements mérite d'être précisée. Pour Jean-Marc Mosconi, délégué général de Mercatel, elle est une priorité. Le commerce français est très attaché à cette règle. Or le texte stipule que le paiement est “irrévocable à compter de son acceptation par le prestataire”. Cette brèche, ouverte à diverses interprétations possibles, laisse supposer que le porteur pourra contester la transaction s'il n'est pas satisfait du produit. L'irrévocabilité de l'ordre de paiement par carte mérite donc d'être affirmée de manière non équivoque.

Un même texte pour les cartes et les virements
Est-il opportun de traiter dans un même texte des moyens de paiement aussi différents que la carte et le virement ? Pour Denis Beau, rien ne s'oppose à ce que les droits et les obligations de ces deux moyens de paiement soient regroupés dès lors que les conditions d'exécution des ordres de paiements sont clairement définies. Selon Martine Briat, directeur des affaires juridiques et bancaires de Cartes Bancaires, les conditions n'étant pas clairement définies, il est impossible d'avoir une vision claire de ce qu'il va advenir des cartes de paiement en Europe. Les amalgames faits entre les différents moyens de paiement risquent d'aboutir à un alourdissement des procédures et à des coûts supplémentaires. La transposition de cette directive dans les droits nationaux s'annonce difficile : toutes les dispositions relatives aux cartes de paiement dans le Code monétaire et financier semblent devoir être modifiées. C'est pourquoi Cartes Bancaires doit poursuivre avec vigilance son analyse du projet de directive.

Le commerce français favorable
Le projet de directive va créer le cadre juridique favorable à la création d'un marché intégré des paiements. Pour Jean-Marc Mosconi,“cela devrait se traduire par une plus grande concurrence européenne, par des économies d'échelle et une plus grande efficacité”. Une nouvelle donne dont le commerce français a tout à gagner.Les enseignes françaises drainent plus de 75 millions de clients par an sur le marché européen. La monétique y est fortement développée. De plus, ajoute Jean-Marc Mosconi,“nous avons consenti très tôt des investissements lourds allant dans ce sens. Rappelons, par exemple, que la migration vers EMV est quasiment achevée”.


Interview : Denis Beau
Quelle est l'appréciation générale de la Banque de France sur le projet de DSP ?
Parce qu'il vise à supprimer les barrières juridiques sur lesquelles repose la fragmentation actuelle des systèmes de paiement scripturaux, le projet de Directive sur les services de paiement est le bienvenu. En particulier, son titre III sur la transparence des conditions régissant les services de paiement et son titre IV sur les droits et obligations liés à la prestation et à l'utilisation de services de paiement sont particulièrement importants pour la réussite du projet SEPA de création d'instruments de paiement scripturaux paneuropéens, qui seront disponibles dès 2008 et qui ont vocation à se substituer d'ici fin 2010 aux instruments de paiement nationaux actuels.

D'après vous, ce projet conviendra-t-il à la pratique de la France, notamment sur les aspects sécuritaires ?
Ce projet contient des principes qui figurent déjà dans le cadre juridique français actuel et qui visent à garantir aux utilisateurs des services de paiement un haut niveau de sécurité et de protection en cas de fraude. Il s'agit par exemple, dans le domaine des services de paiement par carte, de la régulation de l'accès au marché, de l'irrévocabilité des paiements, de la responsabilité pécuniaire limitée en cas de vol ou de perte avant la mise en opposition et de l'absence de toute responsabilité pécuniaire en cas de fraude.
Toutefois, ce projet contient des dispositions qui constituent une source de préoccupations quant à leur impact en terme de sécurité, et qui doivent être modifiées ou clarifiées. Ces dispositions concernent notamment les conditions d'agrément des établissements de paiement, nouvelle catégorie de prestataires de service de paiement qu'il est proposé de créer, les conditions d'accès aux systèmes de paiement, la définition de l'irrévocabilité des paiements et le régime d'information allégé des consommateurs pour les paiements en dessous de 50 euros.

Selon vous, peut-on traiter dans un même texte des moyens de paiement d'une nature aussi différente que la carte ou le virement ?
Il est souhaitable et rien ne s'oppose à ce que  les droits et les obligations liés à la prestation et à l'utilisation de services de paiement soient regroupés dans un même texte, dès lors que les conditions d'exécution des paiements sont clairement et précisément définies en tenant compte des spécificités éventuelles des différents instruments de paiement utilisables. Dans ce contexte, des précisions utiles pourraient être apportées au projet de directive concernant les conditions d'acceptation et d'irrévocabilité des ordres de paiement.

Les nouveaux prestataires de Services de paiement dont il est question dans le texte seront-ils soumis au contrôle de la Banque de France ?
Le projet de directive reste assez vague sur les autorités compétentes en matière d'agrément et de supervision des établissements de paiement. Ces autorités doivent simplement être “soit des autorités publiques, soit des organismes reconnus par le droit national ou par des autorités publiques expressément habilitées à cette fin par le droit national”. Il n'est donc pas précisé s'il s'agira des autorités bancaires.
Ce manque de précision concerne également l'articulation entre autorités compétentes et autorités en charge de la surveillance des systèmes et des moyens de paiement, c'est-à-dire les Banques centrales de l'Eurosystème. Il est simplement indiqué que “la mission des autorités compétentes ne devrait pas affecter le contrôle des systèmes de paiement, qui incombe au Système européen de banques centrales” et un simple échange d'informations est prévu entre les autorités compétentes et “les banques centrales, le système européen de banques centrales et la Banque centrale européenne agissant en leur qualité d'autorités monétaires et, le cas échéant, d'autres autorités publiques chargées de la surveillance des systèmes de paiement et de règlement”. Pour assurer une mise en œuvre uniforme du cadre d'agrément et de supervision des prestataires de services de paiement, il serait préférable que la directive précise que ce sont les autorités bancaires qui seront en charge de cet agrément et de cette supervision. En outre, pour assurer une coordination efficace entre les autorités bancaires, il conviendrait de prévoir explicitement l'intervention des Banques centrales dans leur mission de surveillance des systèmes de paiement, au moment de l'agrément des institutions de paiement, mais aussi par la suite.

Quels seraient selon vous les éventuels amendements à apporter à ce texte ?
Les amendements au projet de directive devraient viser en priorité à réduire les exclusions de son champ d'application qui paraissent trop larges (en particulier celles concernant les services de paiement proposés par les opérateurs de télécommunication, les titres papier et les micro-paiements), à renforcer les conditions d'agrément des institutions de paiement de façon à mieux proportionner leur régime prudentiel aux risques de leurs activités, et enfin à clarifier et à préciser un ensemble de dispositions relatives notamment à la répartition des rôles entre les différentes autorités d'agrément, de supervision et de surveillance des prestataires de services de paiement ou à l'irrévocabilité des paiements.
Interview par Nicolas Humbert
« retour imprimer
haut de page
« article précédent article suivant »
plus d'infos
L'autre carte, première carte bancaire européenne »
L'EPC répond à la consultation de
la commission européenne sur le SEPA »

La carte bancaire dans le SEPA
Téléchargez ce document
Cliquez pour agrandir »

expertise
Martine Briat,
Directeur des affaires juridiques et bancaires de Cartes Bancaires.
"Distinguer les dispositions applicables aux cartes"
"Le projet de directive de la Commission
européenne définit les règles législatives
de la protection des utilisateurs de services de paiement. Cartes Bancaires étudie actuellement ce texte afin d'établi
la distinction entre les dispositions applicables aux cartes, aux virements
et aux débits directs et analyse la conformité des contrats CB avec les articles du projet de directive."

expertise
Pervenche Beres,
Présidente de
la Commission économique et monétaire au Parlement européen.

Quelle est votre appréciation générale sur ce projet de DSP (points forts, avancées majeures, incertitudes...) ?
Le projet de DSP a tout d'abord le mérite d'exister. Les études d'impact menées tendent à montrer que la création d'un espace unique de paiements en euros aurait un effet bénéfique pour le consommateur, la consommation et la croissance. Pourtant, tout dépendra de la façon dont on le réalise. A ce stade de la procédure, il serait donc bien imprudent de vouloir tirer des conclusions définitives à ce sujet.
 Le Parlement européen a demandé, en 2004, que soit créé un cadre juridique pour un espace unique de paiement et il veillera à ce que ses observations formulées à ce moment-là soient dûment prises en compte. Le Parlement avait notamment souligné que les dispositions de droit communautaire doivent être formulées de manière à ne pas porter atteinte à l'efficacité des systèmes et des pratiques en vigueur au niveau national et qu'il convient d'uniformiser davantage au niveau européen les normes prudentielles en évitant de les abaisser.

Quand la directive sera-t-elle examinée par le Parlement ?
 
La Commission des affaires économiques et monétaires a procédé à un premier échange de vues le 13 mars dernier. Nous devrions avoir un débat autour de la présentation d'un projet de rapport le 18 avril. Le délai de dépôt d'amendements pourrait ensuite être fixé au 8 mai, la discussion des amendements en Commission pourrait avoir lieu le 30 mai et le vote en Commission le 20 juin. L'adoption du rapport en plénière serait en conséquence possible soit en juillet, soit à l'automne.

Selon  vous,  peut-on  traiter 
dans un même texte des moyens de paiement d'une nature aussi différente que la carte ou le virement ?

Tout dépend bien évidemment de la façon dont on traite des différents moyens de paiement.

Qu'est-il nécessaire de traiter pour l'Europe dans uneDirectivesur les paiements ?
Les différentes études le montrent : l'Union Européenne a besoin d'une certaine harmonisation des règles applicables en matière de paiements
afin de créer un espace unique de paiements en euros dont les bénéfices seront significatifs. Il importe toutefois de respecter les principes de subsidiarité et de proportionnalité.

Ce texte fait-il l'unanimité au sein du Parlement européen ?
Le premier échange de vue permet d'imaginer des débats importants notamment là où la proposition de la Commission ne suit pas les suggestions de l'EPC (European Payment Council). Tout dépendra ensuite du développement des débats.

Quand le vote du parlement pourrait-il intervenir sur le sujet 
Il pourrait avoir lieu en juillet ou en automne.

Comment les pays s'organisent-ils en Europe pour adapter ce texte du DSP et se préparer aux changements induits ?
Chaque État aura sans doute sa propre stratégie. A priori, tout dépendra des résultats des négociations et du contenu final du texte. En tout cas, le Parlement européen sera la première institution à se saisir de la proposition de la Commission.


© 2006 Groupement des Cartes Bancaires “CB” | Mentions légales | Crédits