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L'EPC balise la route vers le SEPA
"SEPA : la communauté bancaire française est prête"
Interview : Philippe Citerne
"SEPA : la communauté bancaire française est prête"
Interview : Philippe Citerne
Prêtes pour le SEPA, les banques françaises soutiennent activement les travaux de l'EPC.
Comment jugez-vous l'état d'avancement de l'Europe des paiements aujourd'hui ?  Va-t-on assez vite, quels sont les freins à cette construction ?
Philippe Citerne :
Philippe Citerne
Directeur général délégué du Groupe Société Générale, président du Comité d'orientation des moyens de paiement à la Fédération Bancaire Française.
Au cours de ces dernières années, les paiements intra-européens ont évolué très favorablement tant sur le plan tarifaire qu'en ce qui concerne la qualité du service. Cependant les autorités européennes souhaitent aller plus loin et instaurer un espace unique des paiements en faisant disparaître les spécificités domestiques actuelles. Cet objectif est pour le moins ambitieux car les systèmes existants correspondent aux comportements culturels propres à chaque pays et fonctionnent selon des équilibres économiques dont la remise en cause peut être hasardeuse. En d'autres termes, une telle consolidation européenne doit être menée avec circonspection et gérée dans le temps. Toute précipitation dans ce domaine risque d'entraîner pour le marché des conséquences négatives totalement disproportionnées par rapport aux bénéfices espérés par les autorités.

Quelles sont les avancées majeures, les priorités à mettre en œuvre ?
22 %
c'est la part en
Europe des paiements français par CB.
Dans le cadre de l'EPC, la communauté bancaire a pratiquement finalisé la définition de deux nouveaux instruments de paiement SEPA : le “Direct Debit” et le “Credit Transfer”. A partir de ce socle conceptuel, il lui reste à préciser les conditions de sécurité des futures transactions et à mettre en place les infrastructures européennes qui en assureront le traitement. Surtout, l'élaboration du modèle économique sous-tendant la réforme projetée doit être priorisée, la visibilité financière sur le projet étant pratiquement nulle.

Les banques françaises sont-elles prêtes pour le SEPA, comme l'indique le document de la FBF qui a été adressé à l'EPC ?
Représentant près du quart des volumes des paiements traités en Europe, la communauté bancaire française s'est évidemment mobilisée très tôt et très fortement sur le SEPA. Sa participation aux travaux de l'EPC est active et l'un de ses représentants assure d'ailleurs la vice-présidence de cet organisme.
les établissements français ont pris l'initiative de refondre leur système d'échange afin de disposer d'une plate-forme capable de traiter les nouveaux instruments SEPA."

Au niveau national et dans le prolongement des groupes de travail qui se réunis sent régulièrement sur l'égide de la FBF, une structure plus large de concertation et de pilotage vient d'être mise sur pied. Au sommet de cette structure, un “Comité SEPA”, coprésidé par la Banque de France et la FBF, comprendra des représentants des Banques et des utilisateurs (administrations, entreprises, consommateurs). Parallèlement, les établissements français ont pris l'initiative de refondre leur système d'échange afin de disposer d'une plate-forme capable de traiter les nouveaux instruments SEPA, de se connecter avec le reste de l'Europe et de se positionner comme système régional potentiel.
Au total, un maximum d'efforts est déployé par les banques françaises pour être au rendez-vous SEPA. Je tiens toutefois à ajouter que le succès de la migration ne dépendra pas que d'elles, il reposera au moins autant sur le comportement des utilisateurs et, au premier chef parmi ceux-ci, de l'administration.

Quels  changements majeurs cette  Europe  des  paiements  va-t-elle entraîner pour les banques françaises ?
Tout d'abord, l'un des objectifs du projet est l'instauration d'une plus grande concurrence. Ce principe d'une compétition plus ouverte n'est évidemment pas critiquable, à la condition toutefois que les règles du jeu soient les mêmes pour tous. Sur ce point, le statut privilégié que le projet de NLF semble vouloir accorder aux prestataires non bancaires retient l'attention.
En second lieu, les nouveaux instruments de paiement étant très différents de ceux proposés aujourd'hui, les banques devront à la fois revisiter leurs processus internes de traitement et repositionner leurs offres à la clientèle afin d'éviter que celle-ci ne perçoive le SEPA comme une régression.Enfin, il ne faut pas se cacher que le compte d'exploitation de l'activité Paiements est sérieusement en risque. Nous appréhendons assez bien la magnitude des investissements nécessaires mais nous ignorons les conditions de facturation des futures prestations. Nous ne pouvons qu'espérer que les mois à venir permettront d'y voir plus clair.

La carte bancaire a-t-elle un "statut" particulier dans l'harmonisation des moyens de paiements en Europe ?
Cela est évident pour au moins trois raisons. D'une part, il s'agit de l'instrument le mieux adapté aux paiements de proximité et sur le succès duquel repose la baisse souhaitée de l'usage du chèque et du cash. D'autre part, derrière l'uniformité matérielle apparente de la carte se cachent d'un pays à l'autre de grandes différences dans son utilisation et son mode de facturation. Enfin, les infrastructures nécessaires au traitement de cet instrument sont complexes puisqu'au règlement proprement dit se juxtaposent l'acquisition chez le commerçant et la gestion des autorisations.
Dans ces conditions, mettre en place une “carte SEPA” est une tâche particulièrement difficile. L'EPC l'a fort bien compris puisqu'il a limité sa contribution à l'énoncé de principes généraux et laissé aux communautés nationales le soin de s'entendre sur une solution concrète. Les banques françaises disposent d'un système performant mais elles sont aujourd'hui convaincues de la nécessité d'une évolution européenne de leur dispositif, qui passe par une concertation souhaitée avec d'autres communautés bancaires.
Nicolas Humbert
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